You are hereIl n’y a qu’une seule espèce de Gymnodraco en Terre Adélie.

Il n’y a qu’une seule espèce de Gymnodraco en Terre Adélie.


By Bruno - Posted on 02 January 2013

Les Gymnodraco sont des téléostéens antarctiques de la famille des bathydraconidés. Ils doivent leur nom (littéralement, « dragon nu ») à l’absence d’écailles. On les reconnaît facilement à leur tête qui, en vue dorsale, présente une forme triangulaire, et surtout à leur mâchoire inférieure dont la longueur dépasse celle de la mâchoire supérieure, si bien qu’elle remonte à l’avant et fait ressortir d’énormes crocs proéminents (image ci-dessus). Il s’agit là d’un prédateur à l’affut. En 1963, l’ichtyologiste Jean-Claude Hureau avait distingué en Terre Adélie une nouvelle espèce, Gymnodraco victori, de l’espèce antérieurement connue Gymnodraco acuticeps. Cette dernière présente trois grosses canines proéminentes à l’avant de la mâchoire inférieure, dont la troisième est la plus forte, tandis que G. victori possède une unique canine proéminente qui est la première. En outre, chez G. acuticeps le bord postérieur de la mâchoire supérieure (bord postérieur du maxillaire) s’étend jusqu’en arrière du milieu de l’œil tandis que chez la nouvelle espèce ce bord reste en avant du centre de l’œil. Ces caractéristiques ont été les plus utilisées sur le terrain pour assigner les individus capturés à l’une ou l’autre espèce.

Détails de la tête de Gymnodraco acuticeps(modifié d'après Rey et al.[1] (2011).

Les flèches rouges montrent les crocs proéminents.

L’équipe a entrepris de séquencer quatre marqueurs génétiques variables chez une cinquantaine d’individus récoltés durant les campagnes ICOTA en Terre Adélie, et plus précisément à la base Dumont d’Urville, localité où Gymnodraco victori avait été décrite. La comparaison des séquences d’ADN entre individus pour les quatre marqueurs qui sont les gènes mitochondriaux de la cytochrome oxydase I, du cytochrome b, de la d-loop mitochondriale, et le gène nucléaire de la rhodopsine montre des séquences identiques ou quasiment identiques pour tous les individus. Notons que les séquences de cytochrome oxydase I ne montrent quasiment aucune variation là où, chez beaucoup d’autres espèces de téléostéens répertoriées dans la base de données « Barcode », on assignerait des individus à une seule et même espèce. La comparaison du nombre et des formes des chromosomes entre espèces ne montre aucune différence. Enfin, les caractères externes couramment utilisés sont beaucoup plus variables que ce que la description originelle de G. victori ne laissait prévoir. Il apparaît que la description originelle de Gymnodraco victori avait été fondée sur dix spécimens, en lien avec les possibilités d’accès au terrain de l’époque, et qu’avec un si petit échantillon des espèces avaient été créées à partir de variations de traits morphologiques qui apparaissent aujourd’hui comme les points extrêmes d’un seul et même continuum de variations. Gymnodraco victori est donc un synonyme junior de Gymnodraco acuticeps.

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References