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Qu'est-ce qu'un acanthomorphe ?


Par Bruno - Posté le 21 décembre 2012

Qu'est-ce qu'un acanthomorphe ?

ou bien

montre moi tes caractères je dirai qui tu es


Comme tout groupe d’êtres vivants, les acanthomorphes sont définis sur la présence de caractères, d’attributs présents chez les organismes.


Les mammifères possèdent des poils, les gastéropodes une coquille enroulée …

Les acanthomorphes, quant à eux, ont été défini sur la présence de caractères portant sur la structure du squelette.  Ces caractères sont complexes, fins, mais parmi eux, 4 caractères plus simples permettent de définir un acanthomorphe:


1. deux os craniens (le posttemporal et l’épiotique) sont solidement attachés l’un à l’autre
2. présence d’épines creuses, non segmentées en avant des nageoires dorsale et anale
3. nageoire dorsale avancée antérieurement
4. ceinture pelvienne en position avancée
 

modifié d’après Gayet (1980)


Reconstitution d’Aipichthys velifer, un acanthomorphe fossile vieux de 96 millions d’années environ dans le célèbre gisement d’Hakel (Liban).

Le caractère 2. peut être utile pour identifier un acanthomorphe des autres vertébrés aquatiques.

Ces caractères ont définis par Rosen (1973), Stiassny (1986) et Johnson & Patterson (1993). Certains peuvent régresser, se transformer ou disparaitre au sein du groupe des acanthomorphes.

Ensuite:

- expansion des processus ascendants (pr.as, images ci-dessous) et articulaires du prémaxillaire, permettant une protrusion accrue de la bouche.
 

prémaxillaire de Bodianus diplotaenia (Labridés)

Prémaxillaire de Bodianus diplotaenia (labridés).
Cliché : S. Tercerie.

 

Cartilage rostral (ca.r, coloré en bleu)
d'un jeune turbot (Scophthalmus maximus, scophthalmidés), traité selon la technique du Cleared & Stained.
Cliché : F. Wagemans (Univ. Liège).
 


- le cartilage rostral médian (image ci-dessus à droite) est fermement attaché au processus ascendant du prémaxillaire par des ligaments rostro-prémaxillaires.
 
- le premier centre vertébral possède à sa face antérieure des facettes articulaires spéciales s'articulant avec les condyles exoccipitaux (cond. exocc. sur l'image ci-dessous), il existe une convergence chez les myctophiformes neoscopelidés.
 

cliché: B. Chanet

neurocrâne d'espadon (Xiphias gladius, xiphiidés) en vue occipitale


- les processus médiaux de la ceinture pelvienne se superposent. En condition primitive, soit ils sont joints par du cartilage (comme chez les aulopiformes), soit ils ne se rejoignent pas (comme chez les myctophiformes).


- les uroneuraux (image ci-dessous) sont des baguettes osseuses s'étendant dorsalement de chaque côté du squelette caudal, dérivées des arcs neuraux des centres uraux. Chez tous les téléostéens, ces uroneuraux sont préformés en cartilage, sauf chez les acanthomorphes.
 

 

endosquelette caudal de Psammoperca waigiensis (latidés),

modifié d'après Greenwood (1976), l'uroneural est coloré en rouge.


- perte des cartilages caudaux médians (caractère homoplasique parmi les Elopocéphales)
 
- écailles cténoïdes bien développées (image ci-dessous), bien que ces écailles existent aussi chez d'autres groupes de téléostéens basaux.

écaille isolée de sole commune (Solea solea, soleidés)

Les épines, ou ctenii (ct), sont bien visibles dans l'extrémité droite de l'écaille de  l'image ci-dessus. Ces ctenii caractérisent les écailles de type cténoïde.

- une organisation particulière de la ligne latérale (Yamanaka  et al., 2010).
 
Toutefois, la recherche des attributs définissant un groupe d'organismes est un parcours qui peut être sans fin et rempli de surprises. D'autres études, portant sur la structure des chromosomes ou l'anatomie interne de ces animaux par exemple, peuvent mettre en évidence d'autres caractères propres aux acanthomorphes. Ainsi, la présence d'un corpuscule de Brockmann, c'est à dire un gros (plusieurs mm de diamètre) nodule de pancréas endocrine, semble à ce jour être propre aux acanthomorphes.


Vue ventrale d'une dissection de baudroie (Lophius piscatorius, lophiidés). la flèche rouge indique le corpuscule de Brockmann. © C. Guintard.
 
Chacun de ces résultats aide à définir et comprendre un groupe d'organismes dans toute sa diversité et éclaire une part tant de la biodiversité actuelle que de l'arbre du vivant.

Références (et pour en savoir plus)

Gayet, M. 1980. Contribution a l’étude anatomique et systématique des poissons cénomamiens du Liban, anciennement placés dans les acanthoptérygiens. Mémoires du Muséum national d’Histoire naturelle, Série C, Sciences de la Terre, 44.


Greenwood, P.H. 1976. A review of the family Centropomidae (Pisces, Perciformes). Bulletin of the British Museum, Zoology, 29(1).

Johnson, G. D., Patterson C. 1993. Percomorph phylogeny: a survey of acanthomorphs and a new proposal. Bulletin of Marine Science, 52 (1) : 554–626.


Rosen, D. E. 1973. Interrelationships of higher euteleostean fishes. Zoological Journal of the Linnean Society, 53 (Suppl. 1) : 397-513.


Stiassny, M. L. J. 1996. Basal ctenosquamate relationships and the interrelationships of the myctophiform (scopelomorph) fishes. In: Interrelationships of Fishes (M.L.J. Stiassny, L.R. Parenti, G.D. Johnson, éds.) : 405-426. Academic Press, San Diego, 496 p.

Wiley, E. O., Johnson & G. D. 2010. A teleost classification based on monophyletic groups. In: Origin and Phylogenetic Interrelationships of Teleosts (J. S. Nelson, H.-P. Schultze & M. V. H. Wilson, éds.) : 123-182.

Yamanaka, Y.  et al. (2010). Monophyletic origin of the dorsally arched lateral line in Teleostei: evidence from nerve innervation patterns. Ichthyological Research, 57(1):49-61.