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Pourquoi les acanthomorphes ?


Pourquoi les acanthomorphes ? Pourquoi s’intéresser à ce groupe, plutôt qu’un autre au sein du monde animal ? Les raisons en sont multiples, il s’agit :


D’un groupe majeur par le nombre d’espèces

Les acanthomorphes représentent 60% des espèces de téléostéens connus et un tiers des vertébrés. Soit un peu plus de 16 000 espèces sont réparties dans plus de 310 familles dans ce groupe. Curieusement, leur classification à large échelle doit encore plus aux traditions d’avant les années 1960 qu’à leurs réelles relations de parenté. Ils constituent donc, avec les relations de parenté entre ordres d’oiseaux, l’un des grands chantiers de la classificaction des vertébrés qui restent à explorer en ce début de XXIème.


D’un groupe d’importance alimentaire

Plusieurs espèces d’acanthomorphes sont consommées depuis la préhistoire, l’archéologie l’atteste. Le cabillaud ou morue Gadus morhua (Gadus morhua, famille des gadidés), a « nourri » l’Europe pendant plusieurs siècles.

Ce sont plus de 700 000 tonnes de maquereau commun Scomber scombrus (Scomber scombrus, scombridés), plus de 40 000 tonnes de sole commune Solea solea (Solea solea, soleidés), et de 40 000 tonnes de thon rouge Thunnus thynnus (Thunnus thynnus, scombridés) qui sont pêchées actuellement.


D’un groupe d’importance écologique

Ils sont présents à tous les niveaux des chaînes alimentaires en tant que proies et prédateurs. Leurs œufs, larves et juvéniles participent à la nutrition d’une bonne part des organismes aquatiques. Thons rouges Thunnus thynnus (Thunnus thynnus, scombridés), espadons Xiphias gladius (Xiphias gladius, xiphiidés) et sandres Sander lucoperca (Sander lucoperca, percidés), dans les eaux douces européennes, sont  tous des acanthomorphes et occupent les positions les plus hautes dans ces chaînes de sorte que leurs disparitions, liées à leur surpêche par exemple, déstabiliseraient les écosystèmes où ils sont présents au profit d’autres organismes comme des méduses, qui seraient amenées à proliférer dans les mers.


D’un groupe diversifié

  • en formes

Exemples
d'acanthomorphes
Tous ces animaux sont des acanthomorphes (Clichés: F. André, G. Dallavalle, V. Maran et A.-P. Sittler).
  • en milieux de vie

Milieux de
vie des acanthomorphes
Dans chacun de ces milieux, des abysses aux ruisseaux de montagne, des eaux sursalées aux eaux gelées,
sont présents des acanthomorphes (Clichés: B. et J. Chanet).

D’un groupe encore à échantillonner et identifier

Sans cesse, de nouvelles espèces d’acanthomorphes sont découvertes, notamment dans des milieux à la biodiversité jadis inconnue ou des milieux « extrêmes » : faunes abyssales ou antarctiques. Ainsi, chaque année, c'est plus de 300 nouvelles espèces qui sont décrites.

Exemples d’espèces d’acanthomorphes décrites en 2009 :

Enigmatochromis lucanusi Lamboj 2009 (Perciformes, Cichlidae)
Phenacoscorpius longirostris Motomura & Last 2009 (Scorpaeniformes, Scorpaenidae)
Diancistrus typhlops Nielsen, Schwarzhans & Hadiaty 2009 (Bythitidae, Ophidiiformes)
Symphurus megaso Lee, Chen, & Shao 2009 (Cynoglossidae, Pleuronectiformes)
Symphurus multimaculatus  Lee, Munroe & Chen 2009 (Cynoglossidae, Pleuronectiformes)

Les alpha-systématiciens (voir la page sur l'alpha-systématique) sont en première ligne dans ces activités.


D’un groupe à comprendre

De nombreuses espèces d’acanthomorphes présentent des particularités biologiques dont la découverte, l’étude et la compréhension apportent des éléments pour à la fois appréhender le monde vivant et orienter des travaux ultérieurs de mise au point d’avancées techniques.

Nothotenia pennellliiLes Notothénioïdes (image de gauche, Nothotenia pennelllii)  forment un groupe d’Acanthomorphes vivant dans les eaux antarctiques, certes oxygénées, mais dont la température est inférieure à 0°C ! Ces animaux mènent leur cycle biologique dans de telles conditions au moyen d’un métabolisme plus réduit, des enzymes très actives, des molécules antigel dans le sang empêchant la formation de cristaux de glace dans les tissus et donc la rupture des cellules. Branchies blanches de Chionodraco hamatus

Certaines espèces présentent même une absence d’hémoglobine (le pigment respiratoire rouge du sang) et une quasi absence d'érythrocytes (= globules rouges). Leur sang est incolore et leurs branchies blanches, comme chez ce poisson des glaces, Chionodraco hamatus (image de droite).

Pour en savoir plus sur ces animaux de l'océan arctique, voir Lecointre et Ozouf-Costaz (2004 [1]).

L’étude de la diversification des espèces d'acanthomorphes, avec souvent des espèces voisines présentes dans des milieux voisins et isolés, amène à réfléchir et proposer des mécanismes quant à l’origine et l’évolution de ces espèces.

Les cichlidés cichlidédes lacs africains présentent une diversité d’espèces (1 500) dont l’étude permet de mieux comprendre le « comment » de leur évolution via des isolements successifs accompagnés de changements génomiques importants et de remaniements chromosomiques.
De la même manière, tout autour de l’Europe, l’étude de la diversité de plusieurs familles d’acanthomorphes permet de suivre et reconstituer les répartitions des eaux marines après les dernières glaciations du Quaternaire. La fonte des calottes glaciaires recouvrant le continent européen a, à la fois, libéré des zones marines isolées, formé de nouveaux bassins et modifié la circulation des eaux dans ceux-ci. Les animaux ont suivi ces événements en colonisant ces nouvelles zones.
Ainsi, la répartition des espèces actuelles de Labridae (vieille, Labrus bergylta, labridés Labrus bergylta), de plusieurs espèces de poissons plats (turbot, Scophthalmus maximus, scophthalmidés Scophthalmus
maximus), pleuronectidés (flet européen, Platichthys flesus, pleuronectidés Platichthys
flesus) ou d’orphie Belone belone(Belone belone, belonidés) éclaire les colonisations et isolements consécutifs à un événement géologique : la dernière glaciation de l’Holocène.


Hypothèses zoo-géographiques de dispersion de la tribu des Labrini
Modifié d'après Hanel et al. (2002).

D’un groupe dont l'histoire reste à préciser

Bien des relations de parentés au sein des acanthomorphes sont encore mal connues, notre équipe s'emploie à améliorer nos connaissances en la matière (voir la page "Phylogénie actuelle des acanthomorphes"). La connaissance de ces liens de parentés entre espèces permet de préciser leur histoire évolutive (voir la page  "Pourquoi des arbres?").


Références

  1. Lecointre G, Ozouf-Costaz C.  2004.  Les poissons antigel de l'océan Austral. Pour la Science. 320:48-54.